Odile Decq

Exposition d'Odile Decq du 19 novembre 2021 au 8 janvier 2022. 

Vernissage le 18 novembre de 18 h à 21 h. 

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J’ai toujours considéré que l’œuvre architecturale ne se limitait pas à l’enveloppe du bâtiment et à son organisation spatiale mais, qu’à l’instar des architectes du début du XXe siècle, elle se prolongeait dans l’aménagement intérieur, le mobilier et parfois l’œuvre d’art.

Depuis l’ouverture de mon studio d’architecture au début des années 1980, j’ai souvent tenté d’installer des éléments mobiliers dans mes bâtiments. J’y suis parvenue très ponctuellement. Dans les années 1980 et 1990, les clients que j’avais n’y étaient pas enclins. J’ai toutefois réalisé dix lampes « Javelots » pour une salle dans le bâtiment de la BPO en 1990. Ces lampes sont devenues les prototypes de la lampe « Javelot » développée ultérieurement pour le MACRO à Rome avec Luceplan au début des années 2000. Lorsque la BPO a été vendue et vidée de son contenu, mobilier compris, je les ai toutes rachetées.

Ensuite, c’est l’opportunité d’un concours pour le remplacement des cabines téléphoniques pour le siège de l’Unesco à Paris, remporté en 2000, qui m’a permis de démarrer mon travail de design à plus grande échelle. Dans le hall où étaient installées ces cabines, on m’a demandé de choisir du mobilier et j’ai pris la décision de les dessiner et les faire réaliser. Pour le comptoir d’accueil des délégations, j’ai dessiné un objet de 11 mètres de long puis les fauteuils, les tables, les corbeilles à papier et les cendriers. Je fréquentais le Salon du meuble à Paris depuis longtemps et j’ai consulté les sociétés exposées là-bas avec mon dossier de meubles ; c’est ainsi que j’ai commencé à travailler avec Domeau & Pérès qui ont bien voulu se lancer dans l’aventure avec moi.

Au MACRO à Rome, on m’a alors suggéré de poursuivre le travail du bâtiment par le mobilier. J’ai ainsi été au Salon du meuble à Milan et j’y ai rencontré Luceplan avec mes dessins de la lampe « Javelot ». Luceplan m’a ensuite recommandé Poltrona Frau pour réaliser mes sièges et, de fil en aiguille, j’ai réalisé tout le mobilier du musée ainsi que la signalétique. Pour les italiens, il semblait évident de demander à l’architecte de le faire là, où depuis les années 1960, tous les grands designers italiens étaient architectes.

Pour le Frac Bretagne, cela a été un peu plus compliqué de pouvoir le faire du fait du fractionnement des marchés publics en France ; celui qui fait le bâtiment n’est pas celui qui fait le mobilier, ni même le graphisme de la signalétique. Mais j’ai réussi, malgré tout, à dessiner quelques pièces.

Le projet sur lequel j’ai été le plus loin est celui de la tour Antares que je viens de terminer à Barcelone. J’y ai tout dessiné : les meubles, les lampes des espaces publics, les baignoires, les lavabos, les cuisines, les piscines, les espaces de sport, les tables et les chaises du restaurant, la signalétique et le jardin. 

Le jardin m’intéresse de plus en plus. La recherche des espèces à y implanter me fascine tout autant que la prise en compte du temps de pousse et des saisons.

Depuis l’enfance, l’art est important pour moi, je l’ai étudié dès le collège grâce à un incroyable professeur de dessin qui m’a aidée à peindre.

J’ai commencé des études d’histoire de l’art avant de m’inscrire à l’école d’architecture. J’ai regardé, suivi, visité, exploré les salons et les foires à Paris. J’ai abandonné la peinture après le début de mes études d’architecture car je n’ai plus trouvé le temps de poursuivre et je n’étais pas certaine de mes capacités dans ce champ qui me fascinait et en même temps m’intimidait.

Les galeries Polaris à Paris et Oniris à Rennes m’incitaient à réinvestir ce champ et j’ai sauté le pas une première fois en 2007 à Paris. En 2004, la galerie Artist Space à New York m’avait déjà confié un espace en me demandant une installation « sans faire de l’architecture ». J’ai alors puisé dans mes préoccupations conceptuelles pour proposer un espace virtuel construit déstabilisant le corps du visiteur, « Sensual HyoerTension ». Je me suis, à ce moment, souvenue de l’installation faite au Magasin à Grenoble en 1993 « HyperTension », plus spatiale mais cherchant également à brouiller les pistes de l’appréhension et de la perception de l’espace. Au festival de Chaumont en 2000, « Memories of Highland Lights » était aussi une installation plus qu’un jardin, de même « Black Hole » en 2009. 

Bien antérieures, les maquettes invraisemblables, plus œuvres d’art accrochées sur les murs du studio de la rue Saint-Honoré en 1989, que maquettes d’architecture dont elles ne représentaient que les concepts ou les lignes de force des projets.
Je pourrais encore évoquer plus d’instants dans mon histoire au cours desquels l’art et l’architecture se sont trouvés entremêlés sans vraiment savoir lequel était le premier ou lequel était le moteur.
J’ai toujours dit qu’il y avait une composante artistique dans l’architecture et, dans mon travail, cette part a pris de plus en plus de place jusque parfois devenir l’œuvre elle-même.

Ainsi, les œuvres présentées à la galerie 8+4 sont certes venues d’œuvres architecturales, mais n’étaient-elles pas là avant, dès le stade de la conception du projet lors des prises de décision des compositions architecturales à différentes échelles ? Je ne saurais pas répondre à cette question aujourd’hui et sans doute de moins en moins.

C’est pourquoi, il ne me semble pas nécessaire de savoir de quel bâtiment il s’agit…

Odile Decq

Octobre 2021

Decq (Odile)


Odile Decq, architecte française a vu sa notoriété et le succès de son agence fondée en 1978 se développer toujours plus. Son travail est un univers complet, au sein duquel se côtoient, s’interpellent, se répondent l’architecture, le design, l’art et l’urbanisme. À son style direct, à sa personnalité affirmée et fantasque, répondent son architecture aux géométries audacieuses et ses créations innovantes dans tous les domaines où elle s’exprime.

La reconnaissance internationale arrive très tôt, dès 1990, à l’occasion de sa première grande commande : la Banque Populaire de l’Ouest à Rennes. Les 10 prix nationaux et internationaux ainsi que les publications qui ont accompagné la construction de ce bâtiment ont, à l’époque, souligné la naissance d’un nouvel espoir issu de la révolte punk mettant à mal les conventions poussiéreuses.

Parmi les réalisations architecturales de cette femme pionnière et passionnée, citons le musée d’Art contemporain de Rome (MACRO), le siège de GL Events à Lyon, le Frac Bretagne à Rennes, Le Musée archéologique de Tangshan en Chine, le « Cargo », incubateur de startups à Paris, un immeuble de bureaux à Paris, « Le Twist », des maisons particulières très singulières qu’elle assimile à des oeuvres d’art et son dernier projet, une tour résidentielle à Barcelone « Antares ». Il y a plus de 20 ans, elle a investi le champ du design en créant pour le siège de l’Unesco à Paris une série de meubles, des fauteuils et des tables avec les éditeurs Domeau & Pérès. Depuis, chacun de ses projets est l’objet de nouvelles créations, comme de nouvelles lampes développées au catalogue de Luceplan.

De tout temps, passionnée et collectionneuse d’art contemporain, elle franchit le pas de l’oeuvre d’art en 2007 lors de sa première exposition dans la galerie Polaris à Paris. Elle cherche alors à réinvestir dans l’art ses propres recherches en architecture et petit à petit s’en éloigne tout en gardant parfois un lien. Ainsi, les portfolios de sérigraphies réalisés pour Bernard Chauveau Édition à l’occasion de la réalisation du Macro, du Frac Bretagne ou du restaurant Phantom à l’opéra Garnier sont des déconstructions graphiques des éléments des projets ; il en est de même de la série d’assiettes ALOD réalisée en 2016.

Après avoir réalisé le stand de la galerie Oniris pour Art Paris en 2010, elle expose à la galerie en 2017 et réalise, à cette occasion, des photos et des mobiles. Enfin, la galerie Philippe Gravier à Paris lui propose de réaliser pour Design Miami Art Basel en 2019 un ensemble de tables et de lampes et pour la FIAC le Pavillon Noir installé place de la Concorde à Paris en octobre de la même année.

Les récompenses internationales sont nombreuses : en 1996 un Lion d’Or à la Biennale de Venise reconnait son travail en tant qu’« Emerging Voices » ; en 2016 le prix Jane Drew lui est attribué par The Architects Journal à Londres pour reconnaitre une personnalité « possédant une force créative, préconisant un dépassement des règles et prônant l’égalité ». En 2017, elle reçoit à New York le prestigieux « Lifetime Achievement Award » d’Architizer pour l’ensemble de son oeuvre construite, ainsi que pour « son engagement, sa contribution et son apport au débat sur l’architecture ». En 2018, elle reçoit le titre de Fellow honoraire du Royal Architecture Institute of Canada (RIAC), la même année en octobre le prix ECC Architecture Award décerné par l’European Cultural Centre à Venise, et en novembre le titre de Fellow honoraire du Royal Institute of the Architects of Ireland (RIAI). Elle est faite Docteure Honoris Causa en architecture de l’université Laval à Québec en 2015. En France elle est Chevalier de la Légion d’honneur, Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres et Commandeur de l’Ordre du Mérite.

Après avoir enseigné depuis le début des années 1990 à Paris et dans de nombreux pays, puis dirigé l’ESA à Paris pendant 5 ans, elle fonde enfin sa propre école d’architecture en 2014 afin de renouveler, faire bouger les lignes et prendre en compte l’évolution générationnelle des étudiants en architecture du XXIe siècle, Confluence Institute for Innovation and Creative Strategies in Architecture. Son école a été accréditée par le « Royal Institute of British Architects » (RIBA) en 2017 et installée à Paris depuis septembre 2019.



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