Christian Ghion / Moods

Vernissage de l'exposition Moods du designer Christian Ghion le 14 juin 2019 

MOODS

Rarement designer n’aura à ce point ouvert ce qui reste habituellement totalement caché au regard, c’est-à-dire tous ces essais, expérimentations, tentatives diverses de mettre en forme un imaginaire fécond et toujours en ébullition. MOODS est bien cela, et plus encore.

 Il ne s’agit donc pas ici d’une simple présentation de croquis techniques, ni même une plongée scientifique dans le processus de création. Tous, les objets, œuvres et documents rassemblés ici dressent en fait le portrait en creux d’un homme. Tous proviennent de son atelier, de ses archives, de ses tiroirs où il garde au secret certains tests, certaines envies. On le dit membre de cette grande déferlante que fut le « design français » des années 2000, on le perçoit comme un colosse au verbe haut en couleur, doublé d’un amoureux des lignes pures. Certes Christian Ghion est bien cela, mais il reste aussi un esthète fragile cachant sa sensibilité hors norme par une puissance servant de cuirasse.

MOODS part du principe qu’il faut aller au-delà et ainsi percevoir combien ce designer reste l’un des plus talentueux de sa génération. Car finalement c’est ce que montre ces objets rares - vases, théières, dessins, bagues, chandeliers, assises... Une volonté de plier l’expérimentation à un processus. Là réside sans doute son génie.

Christian Ghion est un amoureux des matières, des techniques aussi. Et chaque projet ne cesse de le voir expérimenter et contraindre les matières, les formes à de nouvelles prouesses. Le résultat final n’est que l’aboutissement de cette aventure. Mais pour autant, la fonction n’est jamais écartée. Elle est même révélée par un léger déplacement, comme un pas de côté. Ici, un vase qui parait tomber sur lui-même, là une table basse évoquant une planche de surf, ou encore ces morceaux de terre façonnés d’un seul geste de sa main, devenant objet à contempler et intemporel...

Il faut donc visiter MOODS comme une sorte de sanctuaire déployant toutes les tentatives de ce designer pour lier dans un même élan, poésie, forme, fonction et expérimentation. Pour qui en douterait, il suffit de s’attarder sur quelques-unes des créations ici rassemblées pour la première fois tel le prototype en métal de Sweet Heart, théière de 2008 ou encore cette longue déclinaison de vases qui du Dervish (2010) aux Full Moon (2015) ou la dernière série Moods (2019), pose la question du contenant.

MOODS permet aussi de voir l’humour tranchant de l’homme. La convocation de vanité, en réalité autoportraits, dans son imaginaire se veut bien une réponse à certains effets de mode, mais une réponse volontairement emphatique et bariolée à la frivolité de notre époque.

Enfin MOODS reste une exposition ou l’amateur averti peut enfin acquérir pour des prix raisonnables la quintessence d’une pensée et d’un amour du monde.

(Texte de Damien Sausset)

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