Janos Ber / Fusains - du 28/09 au 10/11

La Galerie 8 + 4 est heureuse de présenter plusieurs séries de fusains de Janos Ber d’une puissance sans équivalent.

Longtemps secrets, les fusains de Janos Ber se situent pourtant au cœur de sa pratique. Par le biais de ce qu’il nomme « repentir », l’artiste réalise ainsi des images flottantes, à la fois traces de leurs modèles – souvent des fleurs – mais aussi ouvertures vers une planéité absolue que l’on retrouve, avec d’autres moyens, dans sa peinture.

La Galerie 8 + 4 est heureuse de pouvoir proposer plusieurs séries de ces fusains d’une puissance sans équivalents. Tous réalisés ces dernières années, ils sont pour la première fois mis en relation directe avec la peinture de Janos Ber comme pour mieux attester des liens étroits qui les lies.

S’il est question, dans l’art de Janos Ber, de la ligne, de la couleur, d’un rapport continu à cet art pariétal qui incisait la roche - ces mains négatives dont parlait magnifiquement Marguerite Duras, s’il est tout autant question de ce vide autrefois mis en évidence par Matisse et qui s’incarne particulièrement dans ce rapport entre les traits et un fond blanc, il y a aussi et surtout cette interrogation essentielle sur ce qui fait « figuration ». La reconnaissance internationale dont il bénéficie depuis quelques années à travers le monde - et plus particulièrement en Asie - ne cesse pourtant d’écarter ce type de lecture. On préfère généralement parler de vibration des couleurs, de lignes primordiales qui coupent le plan de la toile, d’une démarche acétique qui serait au-delà de l’abstraction.

Il y a évidemment cela chez Janos Ber. Mais on y trouve aussi l’évidence de l’artiste face au monde. Peindre, créer, réaffirmer sa position d’humain dans un univers infini revient toujours à se confronter au sensible, à ce qui éclos dans notre réel pour quelques instants ou une éternité. Ses fusains en sont le témoignage fragile et secret. Ils attestent d’un appétit visuel jamais démenti mais aussi d’une interrogation sur ce qu’est l’image, sa nature, sa fonction et ses possibilités contemporaines dans un monde ou le règne du visuel est absolu. Chez Janos Ber, une fleur, une pomme, un élément puisé dans l’immédiateté de son quotidien fournissent quelques motifs simples. Qu’importe finalement ce qu’il choisit, qu’importe si le motif fleurte avec le figuratif ou s’engage dans une forme d’abstraction, ce qui est en jeu se situe ailleurs, dans une sorte de décalage par rapport aux problématiques de sa peinture. Le fusain précède et suit le mouvement pictural. Il en est le contrepoint, sans doute moins monumental, plus en dialogue étroit avec l’histoire de l’art. « Mes fusains, affirment il, sont des systématisations de ce qu’on appelle des repentirs. (…) On montre un Rembrandt, une figure qui tient un bâton. Il redessine ça, il plie le bras, parce que le mouvement ne lui convenait. Il n’a pas gommé, il n’a pas effacé cela, c’est un repentir, ça montre le travail. » Avec leurs surcharges, les fusains de Janos Ber portent en eux une sorte de mise en abime ou le rapport entre le fond et le motif atteint une tension hors norme. L’absence de couleurs en est le gage, le témoignage. Les coups de fusain s’additionnent, se cumulent, esquissent un nuage de formes avant de soudain se précipiter dans un trait précis qui à lui seul clos le motif et l’œuvre. Et dans cet ultime trait réside un peu de cette évidence que l’on retrouvait chez quelques maitres anciens.

Janos Ber ne déclare pas autre chose lorsqu’il commente cette idée de repentir : « Mais c’est une ouverture à l’intérieur de la peinture, cette non-satisfaction du premier jet. Et la tentative d’approcher quelque chose qui est la cause d’insatisfaction chez moi, c’est très souvent une impression de manque de densité. Cette densité, je l’atteins par la surcharge, par le recommencement. Une densité, ça veut dire aussi que les choses sont beaucoup mieux en place et beaucoup mieux en rapport les unes avec les autres. Un ensemble de lignes du premier jet n’est jamais le même que la chose cherchée, déplacée. Mes fusains sont une systématisation de cela. Curieusement, ça n’a pas vraiment de place dans la pensée de l’art contemporain. » Le repentir en tant qu’altération de l’œuvre est aussi un témoignage ; celui d’un changement de perception de la forme en train de se faire. L’immédiateté du fusain, sa rapidité d’exécution et sa capacité à montrer la moindre variation de la main, lui permet d’être un relais entre la volonté esthétique de Janos Ber et sa peinture. Toute création est un mouvement infini, toujours reconduit, entre l’intention de l’artiste confronté à cette main et cet œil qui, eux, prennent d’autres chemins, lui indiquant la fragilité de la vie et les lois du hasard. C’est pourquoi, il faut sans aucun doute voir dans le choix de chaque motif - végétal ou « abstrait » - une volonté d’anonymat et d’objectivité dépersonnalisée. Ce qui compte c’est l’acte créateur dans son immédiateté. La peinture ne permet pas ce type d’exemplarité. Ce qui est à voir réclame une neutralité absolue et ne renvoie en aucun cas à un trait de sa vie ou de son quotidien. Le végétal possède aussi cette qualité précieuse d’être déjà « abstrait ». Il existe en tant que forme reconnaissable sans que cette reconnaissance vienne faire obstacle à sa neutralité. En cela il se différencie radicalement d’un portrait ou d’un ensemble d’objets du quotidien qui tous portent en eux une dimension documentaire. Les plantes sont, plus facilement que tout autre motif, des motifs pour le dessin, pour la peinture, plutôt que des motifs de, c’est-à-dire donnant leur sujet au dessin ou à la peinture. Les contours d’un coquelicot disent avant tout leur condition de sujet pour le trait avant même d’être coquelicot. En tant que motifs parfaits qui échappent facilement à toute narration et à tout symbolisme, ils permettent l’émergence d’une vision cherchant surtout à interroger l’image en dépassant la vieille frontière entre figuration et abstraction.

Pour cela, Janos Ber - comme dans ses peintures - réaffirme la planéité absolue du motif qu’il décontextualise, épure et géométrise. A ce prix, le vide même du papier devient espace, forme autonome qui noue avec le fusain un dialogue d’une incroyable tension. Ces œuvres sont donc des chefs-d’œuvre car avec une maitrise sublime – similaire à celle de que Matisse ou Kelly - Janos Ber propose un ensemble de traits qui aboutit à un signe graphique qui échappe à toute interprétation pour toucher à l’essence même de l’image, c’est-à-dire une représentation qui, depuis les incisions sur la pierre des grottes préhistoriques, nous montre ce qu’est l’altérité.

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