Claire Trotignon - Le sursis des pléiades

Caractérisé par l'intensité de ses bleu de Prusse ou bleu de cyan, le cyanotype a été l'occasion pour Claire Trotignon de poursuivre avec une nouvelle ampleur son travail graphique.

 

Claire Trotignon (France, née en 1985) s’affirme comme l’une des plus talentueuses de sa génération. Toute sa pratique tourne autour d’un questionnement des codes qui animent notre réel. À travers des séries de dessins, collages, des maquettes ou des installations, elle ne cesse de mettre en crise le présent tout en jouant ouvertement avec les catégories esthétiques du passé.

Parfois certains procédés anciens permettent aux artistes d'aujourd'hui d'imaginer des images surprenantes de modernité. C'est notamment le cas du cyanotype, technique de tirage photographique inventé en 1842. Caractérisé par l'intensité de ses bleu de Prusse ou bleu de cyan, le cyanotype a été l'occasion pour Claire Trotignon de poursuivre avec une nouvelle ampleur son travail graphique. Constitués de fragments de gravures anciennes, d'éléments d'architectures issus directement de la post-modernité, l'ensemble des 5 tirages forme d'étonnants paysages marqués par des déflagrations qui donnent à la composition une dimension unique. Si ces œuvres sont vendues séparément elles forment aussi un ensemble cohérent d'une indéniable puissance plastique.

Référence Trotignon Sursis des pléiades
Format 40 x 110 cm
Tirage 8 ex.
Justification Signés et numérotés
Technique Ensemble de 5 panneaux (séparés)

Trotignon (Claire)


Claire Trotignon est née en 1985 à Paris où elle vit et travaille actuellement. Diplômée avec mention spéciale de l’École supérieure des beaux-arts de Tours en 2008, Claire Trotignon s’affirme comme l’une des plus talentueuses artistes de sa génération.

Il faut percevoir la pratique du collage chez Claire Trotignon comme une tentative réussie de parler de notre époque, d’en parler autrement. Il y a chez elle une heureuse collision entre des éléments appartenant au passé et des formes visiblement issues du futur. Rien dans ses œuvres ne semble parler de notre présent ni même renvoyer à quelque événement ou mutations de notre culture. Chacun de ses paysages, elle les compose à partir de centaines de fragments de gravures du XIXe siècle qu’elle découpe minutieusement avant de les coller, de les arranger et de les distribuer de façon éparse sur un fond blanc immaculé. Leurs rassemblements façonnent des affleurements rocheux prenant la forme de montagnes, de falaises, ou se réduisant à quelques éléments dénotant d’un lieu sans localisation précise. Et toujours, un arbre, voire un bosquet, vient fixer l’échelle. Autours l’infini, le vide, si présent dans ce blanc qui irradie tout en laissant les choses en suspens. Chez Claire Trotignon, le vide est la base même de la composition et réfute toute forme de pesanteur. Les choses flottent librement, excluant tout horizon clairement défini, voire même une ligne de fuite contraignante. Le cadre apparait dès lors comme une découpe arbitraire.

Comme de véritables pièges pour le regard, ces collages se peuplent d’architectures, ou plus exactement de fantômes de constructions. De séries en séries, elles se sont faites plus abstraites au point de s’incarner tout autant dans les structures archaïques de peuples anciens ou prendre l’évidence minimaliste d’architectures utopiques qu’elle se pare régulièrement de touches d’un bleue intense appliquées au pinceau. Ces arches, ces murs aveugles, ces fosses et esplanades, ces perspectives sans fin évoquent un monde futur en lévitation ou le réel semble avoir perdues toute substance, éparpillé dans les plis du temps et donc de notre imaginaire. Claire Trotignon réaffirme que tout paysage notamment urbain, est avant tout une construction mentale où se cristallise les enjeux de la représentation dans une culture donnée. En jouant avec l’idée d’histoire, de cycle, en convoquant des modes de figuration non occidentaux (on pense notamment aux estampes japonaises), ses collages produisent au final une image ou le passé et le futur semble s’annuler dans les ruines du présent. Car les paysages que composent Claire Trotignon sont évidemment métaphoriques et renvoient aussi à cet éclatement de nos cultures contemporaines.



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